Monnaie >< Pouvoir qui dirige qui ?
Pourquoi les programmes de rénovation thermique stagnent-ils ?
Pourquoi certains hôpitaux doivent-ils lancer des appels aux dons pour acheter des scanners ?
Pourquoi n'installe-t-on pas davantage de puits de carbone ?
Pourquoi ne lance-t-on pas de grands programmes de dépollution des océans et des rivières ?
Le constat est sans appel : pour restaurer l'habitabilité du monde pour les générations futures, une transition écologique et sociale urgente est indispensable. Et celle-ci nécessite des investissements massifs qui, pour beaucoup, ne sont pas rentables financièrement.
C'est l'un des principaux points de blocage, car sans promesse de profits rapides, les capitaux privés les ignorent, et les États, prisonniers d'un « carré de l'enfer » (impôts difficiles à lever, dépenses à compresser, dette écrasante et intérêts en hausse), ne parviennent pas à les financer, limités par le pouvoir que la monnaie a sur eux.
En effet, aujourd'hui, pour financer la transition par la dette, les États doivent stimuler la croissance afin d’en garantir le remboursement aux créanciers. Or, cette croissance ne peut se faire qu’au prix d’un prélèvement de ressources naturelles et d’émissions de pollutions multiples et de CO2 notamment. Cela endommage encore plus la terre, au lieu de la réparer.
Comment rompre ce cercle vicieux ? Comment reprendre le pouvoir sur la monnaie, pour lui rendre un rôle d'institution sociale au service du bien commun ?
Plusieurs économistes de haut vol ont imaginé des solutions réalistes et constructives, parmi lesquels ma prochaine invitée, Jézabel Couppey Soubeyran.
L’inscription à la diffusion en ligne en direct ou à sa rediffusion est gratuite et indispensable.
Jézabel est également conseillère scientifique à l’Institut Veblen depuis 2020. Elle y œuvre activement à la promotion de réformes monétaires destinées à favoriser la transition écologique.
Jézabel Couppey-Soubeyran est une économiste renommée et maîtresse de conférences à l'Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, où elle enseigne l'économie monétaire et financière. Elle y dirige un master professionnel spécialisé dans le contrôle des risques bancaires et la conformité.
Son parcours d'experte l'a menée à exercer comme conseillère scientifique auprès d'organismes prestigieux tels que le Conseil d’analyse économique et le CEPII.
Aujourd'hui, elle est aussi professeure associée à l'École d’économie de Paris. Très investie dans le partage de connaissances, elle est l'autrice de nombreuses publications académiques ou de vulgarisation, parmi lesquelles les livres Parlons banque en 30 questions, L’argent expliqué à ma mère (et à son banquier) et Le pouvoir de la monnaie.
Les formes institutionnelles de la monnaie ne sont pas gravées dans le marbre, comme le révèle son histoire longue, des premières monnaies-coquillages aux cryptomonnaies récentes. Elles se réinventent à chaque époque en cohérence avec les bouleversements économiques, politiques ou culturels qui transforment la société.
La monnaie d’aujourd’hui n'est pas créée et mise en circulation par les banques centrales, mais par nos banques via des prêts. Ce n’est qu’une forme contemporaine de création monétaire, imposée par une logique capitaliste, mais qui touche déjà ses limites. Elle ne finance que des projets financièrement rentables, ce qui exclut nombre d’investissements écologiques et sociaux pourtant indispensables.
Imaginons que vienne la compléter une monnaie « volontaire », créée en dehors de toute dette (mais assortie de dispositifs anti-inflation), pour être distribuée sous forme de subventions ! Cette monnaie serait celle de la société civile, finançant des investissements non rentables mais nécessaires au développement durable, sélectionnés au plus près des territoires par une gouvernance incluant toutes les parties prenantes.
Loin d’être une simple mesure technique, cette réforme pourrait être l’un des piliers d’un véritable changement de paradigme.
Le pouvoir de la monnaie - Jézabel Couppey Soubeyran (Éditions Les Liens qui Libèrent 2024)
On ne changera pas la société en changeant seulement la monnaie, mais on ne la changera pas non plus sans changer la monnaie : tout grand changement sociétal va de pair avec un changement monétaire.
La bifurcation écologique et sociale devra donc s’appuyer sur une bifurcation monétaire, adaptant la monnaie aux défis de notre temps pour mobiliser sa puissance de transformation.
Quelques questions parmi celles que je poserai :